Laïta

Du 17 mars au 11 mai 2020, nous sommes confinés, nos sorties sont réglementées. Le bord de mer est interdit, on se demande bien pourquoi …

Le printemps explose, il fait un temps splendide !

Tous les jours ma femme et moi partons à pieds de chez nous et marchons vers la Laïta pour notre aération quotidienne ; généralement beaucoup plus qu’un kilomètre, habituellement beaucoup plus qu’une heure ; nous n’avons pas croisé grand-monde.

Nous arpentons ce bout de rive gauche de la Laïta, rivière tranquille, libre de construction humaine sur la quasi-totalité de son parcours, écrin naturel qui emporte l’émotion, hautes collines conquises par les bois, rives arborées et escarpées, pentes inaccessibles, guerns – ces larges prairies de roseaux régulièrement noyées par la marée, zones inondées gorgées d’eau.

Et nos pas toujours nous mènent vers la Laïta ! rivière caméléon, aux eaux lentes et sinueuses, Laïta aux reflets d’argent, rivière toute en courbes et arabesques, au rythme lent de la marée, tantôt vers l’aval, tantôt vers l’amont.

Il y a eu pas mal de tempêtes et de vent les semaines qui ont précédé ce 16 mars et la végétation est tout en vrac, beaucoup de bois cassés, d’herbes couchées, … mais ça bourgeonne de partout ! Et l’absence de présence humaine confère au lieu un aspect virginal ; allons ! tout n’est pas perdu, la nature est plus forte que la bêtise des hommes. Nous vivons la promesse du printemps.

Les guerns se parent de leurs couleurs changeantes : vert clair du début du printemps, mais aussi toujours cette pâle couleur paille ou or un peu éteinte, noyée par la pluie et les hautes marées de l’hiver, ou encore le roux de l’automne.

Je prends beaucoup de photos ; j’ai dans la tête en marchant des musiques de réconciliation avec l’univers qui m’entoure,  du folk et du blues et le gospel ‘Down to the river to pray’.

Et la Laïta court on ne sait où ; l’eau douce de la rivière descend, contrariée par l’eau salée de la mer qui remonte.

Une seule chose demeure à peu près certaine dans cette période anxiogène, dans cette évolution accélérée vers un désordre croissant : plus loin – si loin ! inaccessible – il y a encore et toujours la mer !

« Le temps s’écoule avec l’eau de la rivière, naturellement, paisiblement, continûment vers l’estuaire, et l’oubli recouvre le monde des hommes ».*

Cinq ans plus tard, j’ai eu envie de mettre en peinture cet espace et ce temps qu’on a dit ‘suspendu’.

A.Elerdé

Guidel, 06 janvier 2026

* J’emprunte cette phrase à Marcel Gozzi dans la conclusion de son très beau livre : ‘La Laïta’ / Liv’Editions 2014 / Marcel Gozzi et Isabelle Thieblemont

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