Exposition Port-Louis – Octobre 2024
Ma dernière participation à une exposition de peinture remonte à … juillet 1975. Elle se tenait à la chapelle St Michel du Manéguen, près de Baud. J’avais 16 ans. C’était également ma première exposition. Jusqu’à aujourd’hui, c’est donc la seule.
Je séjournais alors pour quelques semaines à l’Abbaye de Lanvaux en lisière de la forêt de Camors ; j’étais en quelque sorte en résidence d’artiste.
L’Abbaye de Lanvaux appartenait à la peintre Danièle Thirion et à son mari. Tous deux en avaient fait un lieu de rendez-vous culturels fréquentés par de nombreux artistes bretons, peintres, écrivains, …
L’exposition de 1975 réunissait, outre Danièle Thirion, les peintres Jean Le Guen, Yves Trévédy, André Lenormand, Guy Bigot, Henry Joubioux. Ils ont eu la gentillesse de me proposer de mettre deux de mes toiles à l’ombre des leurs dans la chapelle St Michel du Maneguen. J’étais très fier.
Car adolescent, dès 14 ans, sous le marrainage de Danièle Thirion qui était une voisine et amie de ma famille, je fréquentais des ateliers de dessin académique et de peinture en région parisienne. J’étais alors notamment très inspiré par Maurice de Vlaminck dans sa période sombre et orageuse et je peignais des ciels chargés et tourmentés. Rétrospectivement, je crois aussi que j’abusais du bleu de Prusse.
Et puis à l’âge de 18 ans, j’ai brutalement cessé toute activité picturale et, à de rares exceptions près, n’ai plus tenu un pinceau durant presque 50 ans. J’ai un peu dessiné épisodiquement, fait quelques aquarelles ou gouaches, mais n’ai pas touché à un tube de peinture à l’huile ou à une toile pendant tout ce temps.
Jusqu’à ce que, il y a un peu plus d’un an, me revienne une envie impérieuse de me remettre à peindre, comme une nécessité, une urgence. Voici donc une exposition d’urgence sur 50 ans d’absence. Durant cette longue période d’abstinence, j’ai fréquenté la mer, ai navigué un peu et arpenté les sentiers côtiers de Bretagne ; je ne peignais pas, mais il me semble que je continuais à voir ; il me restait à empoigner un pinceau dans le prolongement de mes yeux et à mettre ma main en mouvement.
C’est cette mise en mouvement que je présente aujourd’hui ; avec le parti pris d’un sujet unique de paysages de sentiers côtier ou de rochers dans un format carré 40×40. Rien n’est peint sur le motif, tout est réalisé en atelier à partir de photos. J’y joins quelques études de rochers.
Une des questions que je me pose depuis un an est de savoir si on peut continuer à se sentir peintre sans peindre ; c’est à dire continuer à avoir dans la tête une démarche de peinture, sans pratiquer durant plusieurs décennies. Après ce travail de quelques mois, il me semble que la réponse pourrait être Oui. J’attends sur ce point, le jugement du public.
Aujourd’hui je suis heureux d’exposer ce travail, en me disant que dès lors qu’on a plus de projets que de souvenirs, la vie, sinueuse, va son chemin.
A.Elerdé
Port-Louis, le 04 octobre 2024